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Bouteilles à la mer

Bouteilles à la mer

Réflexions sur la métaphysique, Dieu, la spiritualité, les religions, la science, la société et la politique

Croire dans son coin

On ne croit pas « dans son coin »
C'est ainsi que Jean-Claude Guillebaud titre son Bloc-notes dans La Vie du 30 janvier 2014. Les réflexions qui suivent sont une réaction à ce bloc-notes.


Dans un premier temps Jean-Claude Guillebaud fait référence à Emmanuel Lévinas qui disait que le verbe « croire » ne se conjuguait jamais à la première du singulier. Il ajoute que « la croyance solitaire … n'est qu'un leurre de l'individualisme ». Il parle aussi – dénigrement classique – de « bricolages individuels » qui nous exposeraient à tous les dérapages ou aux « engouements sans profondeur ni maturité ».
Effectivement le verbe « croire » se conjugue très souvent à la première personne du pluriel. Je ferais cependant remarquer que si le moi est haïssable le nous l'est encore bien plus. Le nous est un abri commode derrière lequel se réfugie volontiers le moi.
À ceci j'ajouterais que le verbe « croire » est très ambigu. Croire ceci ou cela c'est avoir telle ou telle opinion. Croire en Un-tel c'est affirmer lui faire confiance. Les deux sens s'entendent en religion : croire que Jésus est ressuscité d'entre les morts, que Marie sa mère est restée vierge ou que Mahomet est le messager de Dieu ce sont des opinions. Croire en Dieu, c'est selon : ce peut être avoir l'opinion qu'il existe une personne nommée Dieu qui aurait créé l'univers et nous aurait laissé ses directives ou bien placer notre confiance en Dieu (ce qui suppose évidemment qu’il existe).
Ceci dit je concède volontiers que l'approche personnelle (plutôt que les bricolages) présente des risques. Mais ce ne sont pas les risques que note Jean-Claude Guillebaud : intégrismes religieux, dogmatismes idéologiques, gourou, foule exaltée. Ces risques là sont justement ceux qui nous guettent quand le moi cherche une abri dans un nous. Non, les risques d'une approche personnelle seraient plutôt l'enlisement ou le dessèchement. Peut-être une sorte de schizophrénie.
Pour parer à ces risques il y a l'écoute des gens, l'empathie, la curiosité pour tout ce qui est humain, l'ouverture à la part de vérité présente dans ce qu'on pourrait considérer comme une voie erronée. En ce sens les religions ne peuvent être considérées simplement sous l'angle du tropisme clérical. Elles ont sans doute été portées à enrégimenter leur membres, à étouffer leur liberté mais elles ont aussi été nourries de leur foi. Faire le tri entre le bon grain et l'ivraie c'est une tâche proprement surhumaine. La seule façon d'y concourir c'est peut-être cette approche personnelle qui ne nous garantit jamais de ne pas nous fourvoyer. À la grâce de Dieu.

 

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