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Bouteilles à la mer

Bouteilles à la mer

Réflexions sur la métaphysique, Dieu, la spiritualité, les religions, la science, la société et la politique

Réalité de la théorie du genre

Un stéréotype de genre !

Un stéréotype de genre !

La « théorie du genre » est avant tout une invention de ses détracteurs... il n'y a pas de « théorie » au sens idéologique ou scientifique du terme, pas de programme secret ou caché visant à « manipuler » les enfants.
(En savoir plus sur Théorie du genre : 10 liens pour tout comprendre par Samuel Laurent journaliste au Monde)

 

Bien qu'il soit vrai qu'il y ait eu des accusations outrancières on ne peut pas dire que la théorie du genre soit une pure invention de ses détracteurs. Il est vrai aussi qu'on n'enseigne pas la théorie du genre aux enfants, de toutes façons il n'ont pas le niveau pour aborder cette question. Il n'y a pas, à proprement parler, de programme secret ou caché visant à manipuler les enfants mais les programmes officiels ou les directives pédagogiques, élaborés dans une certaine opacité, suffisent. Ils sont visiblement très marqués par la théorie du genre et leur but nettement défini est d' « extirper les stéréotypes », une manière tout de même de formater les enfants.

 

L'expression « extirper les stéréotypes » est de Françoise Héritier (Vidéo Françoise Héritier à visionner et à revisionner) qui insiste : pour cela « il faut une véritable volonté globale et donc d'abord politique », « il faut modifier les rapports intra-familiaux » etc. Cette dame, qui avait signé une pétition de soutien d'intellectuels au candidat François Hollande, a du se sentir récompensée avec le vote du « Mariage pour tous », un peu frustrée tout de même car le gouvernement a dû mettre un bémol provisoire aux modifications prévues de la famille.

 

Il faut dire que Françoise Héritier n'est pas n'importe qui. Professeur émérite au Collège de France c'est une sommité de la recherche anthropologique, elle a publié de nombreux ouvrages, elle est impliquée dans plusieurs associations fort louables. Pourtant, Françoise Héritier se laisse aller parfois, avec beaucoup de subtilité, à un manque d'objectivité qui contredit sa vocation scientifique. Ce sont les éléments qui l'arrangent qu'elle sélectionne dans ses connaissances anthropologiques.

 

Par exemple elle note que très tôt les hommes ont dû constater qu' « il n'y a pas de grossesse s'il n'y a pas de rapports sexuels »... « d'où la réponse c'est les hommes qui mettent les enfants dans les femmes »... « c'est ce que dit la pensée primitive ». Mais en affirmant cela elle choisit une réponse qui est loin d'être universelle et, vu sa formation, elle ne peut pas l'ignorer. Elle sait très bien qu'avant le patriarcat il y a eu la filiation matrilinéaire. L'enfant n'est pas déposé par le père dans le ventre de la mère, il appartient entièrement à la mère et à son clan. Je ne suis pas spécialiste mais je subodore que le virage de la filiation matrilinéaire au patriarcat a dû se produire à l'occasion de l'implication des hommes dans l'agriculture. Ce n'est qu'alors qu'a pu avoir un sens l'analogie de la semence de l'homme déposée dans le ventre de la femme avec la graine semée en terre.

 

Mais alors, pourquoi cette entorse délibérée à la vérité si ce n'est pour accréditer l'idée que les femmes ont été de tout temps dévalorisées.

 

De même, cette fixation sur les « stéréotypes de genre » qui auraient accablé les femmes et qu'il faudrait absolument extirper. Françoise Héritier convient fort justement qu'il n'y a jamais eu de société sans stéréotypes de genre. Elle se pose alors la question : les hommes « ont-ils réalisé tout ce qu'il était possible de réaliser ? » Et elle répond « il y a des possibles qui n'ont jamais été réalisés et parmi ces possibles qui n'ont jamais été réalisés il y a peut-être la possibilité de sociétés sans stéréotype de genre ». Peut-être... Et au nom de ce « peut-être » on va tout bouleverser pour créer une humanité nouvelle. Qui « on » d'ailleurs ? Elle les désigne plus loin : les politiques. Pas question de demander leur avis aux principaux intéressés, ils sont englués dans leurs stéréotypes qu'ils transmettent à leurs enfants. Rien ne vaut des politiques éclairés, François Hollande par exemple, éclairés par des intellectuels éclairés...

 

Mais tout son raisonnement est sophisme. À commencer par son explication purement idéologique de l'apparition des stéréotypes : « on a canalisé la pensée des humains en société de telle manière qu'il n'y avait que cette possibilité là qui pouvait être réalisée... elle a été canalisée de cette façon pour des raisons qui tiennent à des niveaux de connaissance qui ont évidemment disparu. Nous avons des niveaux de connaissances bien supérieurs aux hommes de la préhistoire qui ont créé les systèmes sous lesquels nous vivons donc il est possible que s'ils avaient eu les connaissances que nous avons nous ils auraient pu canaliser leur pensée dans d'autres directions que celle qui a été prise et auquel cas il existe encore des possibles qui n'ont jamais été réalisés... ».

 

C'est vraiment n'importe quoi ! « On a canalisé la pensée des humains » Qui ça, on ? Dieu ? Les intellectuels de la préhistoire ? « Si les hommes de la préhistoire avaient eu nos connaissances... » On croit rêver : avec nos connaissances ils auraient pu formuler d'autres concepts ! Les contraintes que leur imposaient les moyens dont ils disposaient pour tirer leur subsistance de la nature, pour survivre aux multiples dangers qui les menaçaient, tout cela n'est même pas envisagé ! « Ces hommes de la préhistoire qui ont créé les systèmes sous lesquels nous vivons ». Il ne s'est donc rien passé depuis la préhistoire ? Et quelle préhistoire d'ailleurs ? C'est vaste la préhistoire ! La révolution de l'invention de l'agriculture, les gaulois, Rome, la Grèce n'ont rien changé ! Nous vivrions toujours sous les mêmes systèmes !

 

C'est pitoyable, comment une personne cultivée, érudite, intelligente, peut-elle se laisser égarer à ce point par la passion partisane ? Mais est-ce bien la seule passion pour la cause des femmes qui l'égare ? Il y a aussi, à n'en pas douter, la griserie du passage de l'anthropologie descriptive à une ingénierie anthropologique. Grâce à des relais politiques depuis longtemps cultivés on peut progressivement casser tous les repères sexuels pour faire éclore une humanité nouvelle.

 

Avec Françoise Héritier, et sans doute avec bien d'autres, la théorie du genre existe donc bel et bien et elle a de fortes connotations d'idéologie totalitaire.

 

Mais, entendons-nous bien : il ne s'agit pas de nous cramponner aux repères du passé. L'humanité vit une ère de bouleversements sans doute aussi profonds que la révolution de l'invention de l'agriculture. Et ces bouleversements atteignent aussi les rapports entre les sexes.

 

Pêle-mêle on peut noter :

- La nécessité qui devient urgente de limiter, voire d'arrêter, la croissance démographique mondiale

- La généralisation du recours aux méthodes anticonceptionnelles

- Le nombre réduit de grossesses qui en découle. Croissance zéro cela signifie aujourd'hui, en Europe, un peu plus de deux grossesses dans une vie de femme au lieu d'une dizaine peut-être il y a un ou deux siècles, compte tenu de la mortalité infantile.

- Le déclin de la division sexuelle du travail : avec la direction assistée et un poste de conduite adaptable, plus besoin de gros bras pour conduire un poids-lourd avec remorque !

- La banalisation d'équipes de travail mixtes. Le rapport professionnel prime alors sur le rapport sexuel. Ce qui n'empêche pas une conscience sexuelle, comme un parfum sur les rapports humains.

 

Une évolution est donc inévitable. Mais que le l'État s'en mêle le moins possible. C'est aux nouvelles générations d'inventer de nouveaux styles de vie. Casser artificiellement les repères existants ne peut rien donner de bon. Les jeunes ont besoin de repères pour se construire, quitte à ce qu'ils les fassent évoluer eux-mêmes par leur nouvelle façon d'aborder la vie.

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