Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bouteilles à la mer

Bouteilles à la mer

Réflexions sur la métaphysique, Dieu, la spiritualité, les religions, la science, la société et la politique

Croire ?

Arrière plan : l'Angélus de Jean-françois Millet (Musée d'Orsay - Paris)

Arrière plan : l'Angélus de Jean-françois Millet (Musée d'Orsay - Paris)

Variations sur le thème

La Parole de Dieu ?

La part de Dieu voilée par la part de l'homme

Vivre, tout simplement ?

L'évidence de Dieu

Croire ?

Selon qu'il est transitif, direct ou indirect, ou intransitif, selon le contexte aussi, le verbe croire a plusieurs sens.

 

Ainsi je peux dire « je crois que demain nous aurons du beau temps ». Ce n'est pas une certitude que j'exprime là mais une simple présomption : j'aurai aussi bien pu dire « j'ai l'impression que demain nous aurons du beau temps ».

 

Autre emploi, je peux dire, simple cas d'école, « je crois en François Hollande ». Dans ce cas le but n'est pas d'affirmer son existence bien que pour croire en lui il faille assurément qu'il existe. Ce qu'on veut dire par là c'est qu'on l'imagine volontiers capable de faire face aux aléas de la vie économique ou de la situation internationale. Bref il serait le pilote qui sait, d'une main sûre, diriger le navire France au milieu des écueils.

 

Inversement, toujours simple cas d'école, si je dis « je ne crois pas en François Hollande » ce n'est pas son existence que je mets en doute mais bien sa capacité à diriger la France au milieu des écueils.

 

Pourtant, si l'on remplace François Hollande par Dieu, l'interprétation va différer quelque peu. « Je crois en Dieu » sera compris comme « Je suis persuadé de l'existence de Dieu » ou, accessoirement, comme « J'ai confiance en Dieu ». Par contre « Je ne crois pas en Dieu » sera compris comme « Je suis persuadé que Dieu n'existe pas ». Mais si je disais « je crois que Dieu n'existe pas » ce serait beaucoup moins catégorique. Cela équivaudrait plutôt à « je présume que Dieu n'existe pas ».

 

Croire ?

Maintenant puis-je croire, tenir pour vrai, ce récit de la Genèse : Dieu, mécontent de la méchanceté des hommes, dit « J'exterminerai de la face de la terre l'homme que j'ai créé, depuis l'homme jusqu'au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits » (Genèse 6-7). Il fait cependant une exception pour Noé et lui demande de construire une arche dont il lui donne les dimensions et quasiment les plans. Puis il demande à Noé « Tu prendras auprès de toi sept couples de tous les animaux purs, le mâle et sa femelle ; une paire des animaux qui ne sont pas purs, le mâle et sa femelle » (Genèse 7-2). Il lui laisse sept jours pour réunir tout ce petit monde avant de déclencher le déluge qui exterminera de la face de la terre tous les êtres qu'il a fait.

 

Comment croire que Noé ait pu réunir en un si bref délai des couples d'ours polaires, de pumas américains ou de kangourous australiens, animaux dont il ne soupçonnait même pas l'existence !

 

Dans toute la Bible, y compris dans le Nouveau Testament, on trouve comme ici des récits dont l'invraisemblance est patente. En dépit de tout, des « croyants » croient, tiennent pour vrai, que la Bible est Parole de Dieu.

 

Cette croyance obstinée, faisant fi de toutes les invraisemblances, est parfois désignée comme la foi du charbonnier. Mais cette désignation n'est qu'un abus de langage. Cette croyance n'est pas de la foi, mais c'est carrément une insulte faite à Dieu, un blasphème ! En effet, si la Bible contient des contre-vérités évidentes et si malgré cela on persiste à la proclamer Parole de Dieu c'est qu'on laisse entendre que Dieu commettrait des erreurs ou serait un menteur.

 

Le croyant obstiné va tenter de s'en sortir en arguant qu'il préfère faire confiance à la Parole de Dieu, la Bible, plutôt qu'à notre pauvre raison humaine. Tant qu'on reste dans l'abstrait ça a l'air de tenir, ça fait même humble. Mais, concrètement, les ours polaires, les pumas et les kangourous sont-ils montés à bord de l'Arche ou bien cette histoire de Déluge n'est-elle qu'un conte ? Se défiler devant la question c'est insulter la raison, don de Dieu, donc blasphémer encore !

 

Croire ?

Je voudrais cependant dire à ces croyants que je fustige ici que je sais très bien qu'ils n'ont nulle intention de blasphémer. Les ours polaires sont le dernier de leurs soucis. Ce qu'ils vivent au jour le jour c'est l'appui moral qu'ils trouvent dans la Bible. Et jusqu'à un certain point ils ont raison. Il n'est pas nécessaire que la Bible soit dictée par Dieu pour qu'elle puisse nous donner des leçons de vie. Les fables de La Fontaine qu'ont appris les écoliers français sont bien des fables. Le Loup et l'Agneau n'ont jamais tenu les propos que leur prête la fable, pas plus que Le Corbeau et le Renard. Pourtant ces fables nous dispensent des leçons de vie.

 

La Bible a été écrite par des hommes ce qui explique qu'elle contienne des contre-vérités, des jugements contestables voire même des horreurs. Mais ces mêmes hommes se sont efforcés au cours des siècles et des millénaires d'axer leur vie sur Dieu. Ce qui explique qu'ils aient pu aussi transmettre des leçons qu'ils ont puisées dans l'inspiration divine. La méditation de la Bible peut donc être, par endroit, profitable. Mais on ne peut non plus la prendre au pied de la lettre. La part de Dieu y est voilée par la part de l'homme.

 

La même observation s'applique aussi au Coran qui a aussi son lot de contre-vérités. Mahomet est censé être le messager de Dieu. Mais affirmer que le Coran lui a été dicté par Dieu c'est oublier que Mahomet n'était qu'un homme et qu'il a sa part dans le message. Dieu n'est pas à l'image de l'homme, il n'emploie pas nos mots. Les mots, c'est Mahomet qui les a trouvés. Là aussi la part de Dieu est voilée par la part de l'homme.

 

 

Croire ?

Mais alors si les Écritures ne sont pas le roc sur lequel on croyait pouvoir s'appuyer, que croire, qui croire ? Ne rien croire et vivre, tout simplement ? C'est le quotidien de beaucoup de gens aujourd'hui. D'abord ce n'est pas forcément toujours simple. Et surtout il peut arriver de se sentir happé par le quotidien, de sentir comme un manque indéfinissable dans sa vie. Tant qu'on n'a pas ressenti ce manque ou réalisé la vanité des buts que l'on poursuit tout ce qui peut être dit sur la foi risque de faire l'effet d'une langue étrangère. Le premier pas vers la foi c'est une remise en cause de soi-même.

 

Le second pas est plus problématique. Avec beaucoup de chance on peut rencontrer quelqu'un d'improbable qui nous éclairera sans nous embringuer dans je ne sais quoi ou bien on entreprendra de soi-même une démarche comme par exemple d'aller voir du côté des religions, si possible en auditeur libre. Il faut savoir que c'est une aventure qui commence là, une aventure qui a des risques qu'on ne soupçonne pas a priori. Mais c'est le propre de toutes les aventures et si l'on ne s'aventure pas on sèche sur place.

 

Vivre vraiment simplement suppose une certaine distance avec son ego et rien de plus efficace que la foi pour maintenir cette distance. La foi, rien que la foi, sans emballage de croyances. Mais la foi en quoi ? On peut dire la foi en Dieu. Mais si le mot gêne, car les religions nous ont trop représenté un Dieu à l'image de l'homme, on peut trouver un autre mot : Cela, Lui ou l'Esprit. Dieu a pourtant un avantage, il reste associé à l'idée de l'alpha et l'oméga de l'univers, de tous les univers. Il permet aussi de garder aussi un lien d'empathie, de filiation même, avec tous ceux qui ont vécu une expérience de cœur à cœur avec Dieu en dépit d'une représentation qu'ils se faisaient de Dieu plus ou moins teintée d'anthropomorphisme.

 

 

Croire ?

La foi en Dieu donc, mais ne suppose-t-elle pas la croyance en Dieu ? En réalité la foi ne pose pas du tout de question préalable : Dieu existe-t-il ou non ? Elle s'appuie sur l'évidence de Dieu. « Je suis » est-ce une croyance ou une évidence ? Dieu relève d'une évidence encore plus évidente que « Je suis ». Car « Je suis », sans attribut, renvoie à « Dieu est ».

 

L'évidence de Dieu peut être comparée au postulat d'Euclide. De même qu'à partir de ce postulat intuitif on peut bâtir une géométrie cohérente avec l'expérience de l'espace qui nous entoure, de même à partir de l'évidence de Dieu on peut bâtir une philosophie spiritualiste cohérente avec notre expérience de la vie.

 

Inversement, la négation de Dieu conduit à une philosophie matérialiste incohérente avec notre expérience de la vie. En effet le penseur matérialiste raisonne, polémique même, pour justifier son matérialisme. Malheureusement pour lui son matérialisme est incapable de rendre compte de la Raison qu'il convoque à sa démonstration. La polémique n'a alors aucun sens, elle se réduit à du bruit. Le penseur matérialiste se nie lui-même comme penseur. La Raison, la Vérité, la Liberté, l'Art, l'Amour ne peuvent être pour lui que des emprunts à l'extérieur de son système. Il est totalement incohérent.

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article