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Bouteilles à la mer

Bouteilles à la mer

Réflexions sur la métaphysique, Dieu, la spiritualité, les religions, la science, la société et la politique

Philosophie spiritualiste

Rembrandt - Harmensz van Rijn - Philosophe en méditation - Musée du Louvre Paris

Rembrandt - Harmensz van Rijn - Philosophe en méditation - Musée du Louvre Paris

Dans un précédent article, Croire ?, j'avais dit qu'à partir de l'évidence de Dieu on pouvait bâtir une philosophie spiritualiste cohérente avec notre expérience de la vie. Le terme « bâtir » est en fait inapproprié. Il ne s'agit nullement de bâtir un système clos. L'évidence de Dieu n'est pas un concept qu'on va dérouler. C'est une expérience existentielle qui va nous aider à aborder au fur et à mesure les questions qu'on se pose dans la vie. Le résultat sera des méditations juxtaposées, des touches et des retouches, qui n'épuiseront jamais la connaissance qu'on peut avoir de Dieu ou de la vie.

 

Philosophie spiritualiste

Première question : que sait-on de Dieu ? À vrai dire pas grand chose si l'on s'en tient à notre raison analytique. Dieu n'est pas un objet qu'on pourrait démonter ou un corps qu'on pourrait disséquer. Une conviction s'impose tout de même : Dieu est Cela par quoi il y a quelque chose plutôt que rien. Il est, Il est le seul à être. Tout le reste, l'Univers ou nous mêmes, n'est que transitoire.

 

Les sages hindous, outre l'Être, reconnaissent à Dieu, le Brahman, deux autres caractéristiques : la Conscience et la Félicité. La Félicité justement : elle découle du fait que Dieu ne manque de rien, que les désirs qu'Il pourrait avoir trouvent en lui-même leur satisfaction, qu'Il n'est contraint en rien. Elle se constate expérimentalement aussi : plus on a conscience de l'évidence de Dieu plus cette félicité nous envahit, une joie qui ne dépend d'aucun événement extérieur et qui irradie toute notre vie.

 

Quant à la Conscience on peut l'approcher à partir d'un retour sur soi-même. Nous sommes conscients de nous-mêmes, « je suis », et conscients du monde extérieur. Cette conscience nous est venue forcément par Cela ou Celui qui est, Dieu. Si, nous, nous sommes conscients Il ne peut pas ne pas l'être.

 

Par contre, pour le monde extérieur, il y a une grosse différence. Pour Lui ce monde n'est pas extérieur, c'est une production de sa conscience qui ne le diminue en rien, une sorte de rêve. Nous sommes dans ce rêve mais nous ne sommes pas le Rêveur. D'où, pour nous, le caractère contraignant de ce rêve. D'où aussi le caractère paradoxal de la réalité : dans l'absolu il n'y a qu'une réalité, l'Un sans second, Dieu. Mais ce que nous vivons c'est la dualité : L'Esprit et la Matière, l'Âme et le Corps.

 

Puisqu'il n'y a qu'une réalité, l'Esprit et la Matière, l'Âme et le Corps ne sont pas d'essences différentes. Ils peuvent réagir l'un sur l'autre, dans un sens ou dans l'autre. On peut même ajouter que la Matière étant une production de la Conscience divine elle est finalement d'essence spirituelle.

 

Comment ça ? Ce roc qui est sous nos pieds serait une vue de l'Esprit ? Eh bien si, justement. Mais pas de notre esprit. Encore que. Notre esprit est lui aussi capable de créer de la matière mais seulement pour lui-même, de façon fugitive et désordonnée. C'est ce qui se passe dans le rêve. J'ai rêvé d'une rue dans Paris, mais pas dans le Paris que je connais bien. Une rue que personne ne connaît. La chaussée, les trottoirs, les immeubles y étaient bien matériels jusqu'à ce que le rêve s'effiloche.

 

Un indice très probant que la Matière est d'essence spirituelle est que, par le biais de la Science, elle est accessible à notre esprit. Il y a une adéquation entre la matière et l'esprit. La Matière est intelligible. Toutefois de façon asymptotique : la Science progresse indéfiniment mais elle n'arrivera jamais à un point où il n'y aurait plus rien à découvrir.

 

De plus la Matière n'est-elle pas intelligible grâce notamment aux mathématiques, le langage des sciences ? Et que sont les mathématiques ? Une science dont les objets sont purement spirituels ! Les nombres, les figures géométriques sont de pures créations de l'esprit. Les mathématiques commencent justement lorsqu'on s'élève au-dessus des simples notions empiriques pour leur substituer des objets ou des règles qui ne doivent rien à l'expérimentation.

 

Philosophie spiritualiste

Être, Conscience, Félicité, mais n'y a-t-il pas d'autres attributs que l'on puisse reconnaître à Dieu ? Pour Jésus c'est la paternité. Il désigne souvent Dieu comme « mon Père » sans pour autant prétendre être le fils unique de Dieu puisque la prière qu'il a enseignée à ses disciples commence par « Notre Père qui es aux cieux ». La paternité de Dieu était déjà présente occasionnellement dans l'Ancien Testament mais avec Jésus elle passe au premier plan.

 

Cette paternité attribuée à Dieu situe celui-ci dans le monde de l'Homme. Ce n'est plus l'Un sans second à qui l'on reconnaît l'Être, la Conscience et la Félicité. C'en est une réfraction dans la sphère de la dualité. Dieu le Père fait partie du rêve de Dieu le Rêveur.

 

Ce qui n'est pas sans avantage pour l'Homme. Dieu le Père est affectivement plus accessible que Dieu l'Un sans second. Il est aimant, Il est secourable, Il répond à notre amour. Il ne nous demande pas de chercher à nous évader de ce monde mais Il nous assiste pour y tracer notre voie. Il se réjouit avec nous de cette nature magnifique, Il nous fait partager son amour pour nos semblables et pour tous les êtres vivants.

 

Petit problème quand même : cette perception de Dieu comme Père n'est pas accessible à tout le monde. Elle correspondait à la sensibilité de Jésus mais, en ce qui me concerne, je n'ai jamais pu y adhérer. Je n'ai jamais considéré mon père comme un Dieu et je ne peux pas d'avantage voir Dieu comme un père, c'est à dire finalement comme un homme.

 

Philosophie spiritualiste

Je ne dois pas être le seul à éprouver cette difficulté puisque dans la pratique chrétienne, catholique du moins, Dieu laisse souvent la place à Jésus dont on a fait un Dieu. Un Dieu encore beaucoup plus proche et plus accessible que Dieu le Père. Un Dieu qui a vécu notre condition humaine, un Dieu dont les paroles humaines vibrent encore, un Dieu en qui les humbles et les persécutés se retrouvent sans peine. En plus de cela, Jésus passe pour être ressuscité des morts ce qui aurait inauguré une victoire sur la mort. Ça, c'est une autre histoire...

 

Mais, toujours le même petit problème : si on a du mal à adhérer à Dieu le Père on a le même mal à adhérer à Dieu le Fils. Mais alors qui est Jésus ? À n'en pas douter un homme. Un homme qui a servi pendant deux mille ans de guide entre l'homme et Dieu parce qu'il avait lui-même approché Dieu ; le Dieu réfracté dans la sphère de la dualité, celui qu'il appelle « mon Père », mais aussi l'Un sans second. N'a-t-il pas dit en effet : « avant qu'Abraham fut Je suis » ? N'a-t-il pas dit « vous êtes des Dieux » ? Affirmations typiquement non-dualistes qui rappellent le « so'ham asmi, Lui moi je suis » des védantistes.

 

J'arrête ici. J'espère bien livrer plus tard d'autres méditations, apporter des touches et des retouches. Que Dieu soit avec vous !

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