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Bouteilles à la mer

Bouteilles à la mer

Réflexions sur la métaphysique, Dieu, la spiritualité, les religions, la science, la société et la politique

Évolution, Histoire et Liberté

Évolution, Histoire et Liberté

La Science et ses lois

Au moins cinq raisons pour exclure un déterminisme absolu

L'évolution est une Histoire

Dieu est libre

Évolution, Histoire et Liberté

La science commence quand l'Homme se fait humble : il reconnaît son ignorance. En se tournant alors sur l'observation patiente des causes entraînant les mêmes effets il dégage des lois. Ce sont ces lois qui permettent de prédire les éclipses de soleil des centaines d'années à l'avance. Ce sont ces lois qui ont permis d'établir la trajectoire qui a abouti, dix années après le lancement de la sonde Rosetta, à la dépose de l'atterrisseur Philae sur une lointaine comète. Ce sont encore ces lois qui permettent de remonter dans le passé. La datation des vieux bois, des restes de foyer, des fossiles ou des galaxies repose sur ces lois.

De là à la tentation de penser que l'avenir est totalement inscrit dans le présent il n'y a qu'un pas. C'est ce qu'on appelle le déterminisme. Avec la mécanique quantique une large brèche a été ouverte dans la conception d'une causalité strictement déterministe. Mais, même sans l'apport de la mécanique quantique, on aurait pu avoir de bonnes raisons de rejeter cette conception. On aurait pu... mais on n'y prêtait pas toujours attention.

Évolution, Histoire et Liberté

Si la nature n'était régie que par le déterminisme la science ne serait pas possible. Une première raison en serait l'impossibilité de connaître l'infinité des causes. Comme la science, non seulement est possible mais ne cesse de se développer c'est qu'il n'est heureusement pas nécessaire de connaître la totalité ou le détail des causes qui agissent dans l'univers. La trajectoire de la sonde Rosetta a pu être calculée sans qu'on ait eu à s’intéresser à ce qui se passe à l'intérieur de la galaxie d'Andromède ou plutôt à ce qui s'y passait il y a 2,54 millions d'années.

Même s'il y a des lois universelles comme celle de la gravitation, on peut donc déjà affirmer que la causalité ne joue pas à l'échelle de l'univers entier. Elle joue assez bien à l'intérieur d'un domaine. Au delà, c'est le domaine lui-même qui, globalement, est agent causal sur les domaines extérieurs. Et ainsi de suite, et réciproquement. Ce cloisonnement de la causalité, bien qu'il ne soit pas rigoureusement étanche, marque déjà une limite par rapport à un déterminisme absolu. D'autant qu'un domaine n'a pas qu'une extension spatiale il a aussi une extension temporelle. Au delà de cette extension la causalité devient instable. Notre système solaire est réglé comme une horloge si l'on s'en tient à quelques milliers d'années. Au delà de 200 millions d'années on n'est même plus sûr de l'ordre des planètes !

La seconde raison, et non la moindre, serait qu'une Nature entièrement déterministe ne laisserait pas de place à la Science ! En effet, l'intelligence ne pourrait pas fonctionner car il faut bien convenir que, d'une manière ou d'une autre, l'intelligence a besoin pour s'exprimer d'agir sur le cerveau, ce qui n'est concevable que si les courants et les connexions dans le cerveau jouissent d'un certain degré de liberté par rapport aux conditionnements physiques ou chimiques.

On peut même ajouter, troisième raison, que la Vie elle-même n'aurait jamais pu apparaître. Car qu'est essentiellement la Vie sinon la conservation et la propagation d'organismes en dépit des contraintes extérieures ? Donc finalement un espace de liberté.

Quatrième considération : l'agent reconnu de l'Évolution est le hasard des mutations, hasard synonyme d'indéterminisme. Donc avec un déterminisme absolu pas d'Évolution.

Cinquième considération : avec un déterminisme absolu le temps n'aurait plus de réalité puisque l'avenir et le passé seraient tout entier contenus dans n'importe quel instant. Le temps n'a de réalité que s'il jalonne une Histoire. Et qu'est-ce qu'une Histoire ? Une succession d'événements qui n'étaient pas prédéterminés mais qui s'incorporent au fur et à mesure dans la chaîne de causalité.

Évolution, Histoire et Liberté

L'Histoire commence dès le Big Bang initial : la formation de nébuleuses ou de galaxies toutes différentes implique la participation de facteurs non prédéterminés qui ont généré de l'hétérogénéité là où il y avait de l'homogénéité.

La Vie sur notre planète Terre a aussi son Histoire dont rend compte la théorie de l'Évolution. Mais, même si l'Évolution ne peut être niée, même si ses agents que sont les mutations génétiques aléatoires et la sélection naturelle ne peuvent l'être non plus, il reste une zone d'ombre. L'évolution fait l'effet d'une succession d'inventions dont ne rend pas compte le calcul des probabilités appliqué à l'empilement des hasards nécessaires aux mutations intermédiaires. La formation d'un organe d'une grande complexité, comme l’œil, apparaît comme hautement improbable.

Et pourtant l’œil est là, le cerveau est là, l'Homme est là. C'est à dessein que j'ai employé le terme d'inventions. Car il y a une similitude étonnante entre l’histoire de l'évolution et l'histoire de nos inventions humaines.

Cette similitude se poursuit aujourd'hui par le parallélisme entre l'invention par l'Homme de machines plus ou moins intelligentes et l'évolution d'animaux, mammifères, oiseaux ou pieuvres, vers toujours plus d'intelligence jusqu'au saut qualitatif de l'intelligence de l'Homme. Saut qui a permis à l'Homme de s’ouvrir progressivement à la Science.

Ce qui conduit à penser que la similitude va plus loin : de même que nos inventions ont nécessité l'intelligence d'obscurs artisans ou d'inventeurs moins obscurs, de même l'évolution de la Vie a été guidée par une intelligence supérieure, Dieu en l’occurrence.

Pour en revenir au Hasard, on a déjà vu qu'il était nécessaire à la Science. On vient de voir aussi qu'il participe à la survenue d'événements hautement improbables de sorte que l'Évolution est une Histoire qui a un sens. L'Esprit met à profit le degré de liberté introduit par le hasard pour infléchir la probabilité des événements et agir ainsi sur la Matière ; Dieu sur la Nature, l'Homme sur son cerveau et par là même aussi, modestement voire dangereusement, sur la Nature. La différence entre l'Homme et Dieu, et plus généralement entre l'animal et Dieu, est que la créature a reçu un degré de liberté alors que la liberté de Dieu est entière. Dieu est le maître du jeu.

Évolution, Histoire et Liberté

Dieu est libre. Pourtant ce n'est pas ainsi que nous le représentent les trois religions monothéistes nées au Moyen Orient. Selon elles Dieu serait omniscient, il connaîtrait donc tout de l'avenir. Certes, il doit avoir une intelligence de l'avenir plus profonde que la nôtre mais il n'est pas prisonnier de l'avenir, ce qui serait le cas si celui-ci était entièrement connaissable donc prédéterminé. Pourquoi Dieu aurait-il créé un Univers où tout serait joué d'avance ? Nous ne serions alors que des pantins sans âme. Dieu se serait lui-même privé de toute créativité !

Dieu, l'Être Suprême, le Brahman, est. Il ne devient pas, Il est. Il est, sans changement, hors du temps. Le Temps naît avec chaque Univers qu'il imagine sans que cela ne le diminue en rien. Et qu'est-ce qu'un Univers sinon un Jeu de Dieu dans lequel sa Conscience s'investit sans se perdre. L'Être Suprême investi dans un univers c'est Dieu qui joue, qui joue à se perdre et qui joue à se retrouver. L'évolution c'est Dieu qui joue à se retrouver. À notre survenue dans cette évolution Dieu nous a laissé un degré de liberté à l'image de son entière liberté. Nous aussi pouvons nous perdre ou nous pouvons nous retrouver avec Lui. C'est l'enjeu de l'infinie diversité de nos vies.

 

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